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Moi, le poison

Posté par pocahontas59, jeudi 29 juillet 2010 à 14h17

A Manon, seul en scène, incandescent comme le phosphore...

Des chansons qui m'accompagnent la nuit quand tu m'empêches, des commentaires agenouillés devant les autels dressés des egos, misérables, tout ce mépris, ces idoles qui effacent mes mots pour que personne ne sache. Quand je me relis, je ne reconnais pas cette femme, je ne sais pas, qui je suis, ni où, sauf quand tu me parles, c'est ça l'amour peut-être, l'enjeu absent mais le besoin de toi, du film que tu déroules dans ma tête, les images que tu forges en couleur, il est 0h 43, je tue des moustiques, 2ème lexo en 2 heures je suis stone, qu'est-ce-que tu y connais aux rouges à lèvres et aux manteaux qu'est-ce-que ça peut foutre, regarde-les tes blondes Promod, dans 10 ans elles seront laides, alourdies de tout ce qu'elles auront perdu, leur vice et leur innocence factices, piège à con stratégique, elles comptent déjà elles anticipent la calculette entre les jambes qu'est-ce-que tu crois elles sont nées hier elles ont des gueules de clones téléguidées qui puent l'intelligence comme une odeur sous les aisselles. S'entraînent aux relations comme on prend un coach, work in progress, plus fort plus efficace, atteindre l'objectif, l'homme dans les filets, serré serré dans la main du destin à en gémir.

Moi, quand je chante tard le soir pour les roses de Jérusalem un cobra d'or m'enserre le cou et je suffoque. Dans le Suffolk, les peaux poissées de pluie à se glisser dessus jusqu'au vertige, cet été-là, j'ai oublié que le soleil existe et je m'en suis passé, ça glissait bien, Belfast était loin, comment oublier tout ça, comme ça, les peaux poissées de pluie un été il y a longtemps.

Je suis la poupée qui dit non, je n'ai pas voulu, les princes de la ville et les héritiers, ni le roi exilé, j'ai jeté la carte, la couronne gravée en relief, blanc sur blanc, princesse bougnoule je n'aime que ceux qui sont perdus, qui n'ont jamais trouvé la route, tracée droit vers la victoire.

Pas raisonnable, allons. C'est une culture facile, l'illusion de soi, les oripeaux du sauvageon qui se la joue comme au billard, double bande, accroche le tapis, perd impair et passe, la roue se détourne et vole d'autres vies, et tu te retrouves seul sur l'île surpeuplée de petites gens peu signifiants, ce genre de meubles d'appoint que l'on oublie dans un coin du salon. Demande moi la lune chante la radio, ne me demande rien, donne moi quelque chose, un caillou ramassé, une étoile de mère, un père mort, un frère inconnu, quelque chose qui ressemble à la vie, pas de médiocrité, pas de faux-semblants, pas de pourris qui éructent leur haine comme ils giclent du sperme dans du caoutchouc, sans conséquence, juste la lâcheté du geste, le pousse-toi là que je m'y mette, que je te mette, c'est beau la vie mon amour, 6 milliards de fourmis en guerre pour quelques proies pendues au mât de l'ambition, du drapeau pathétique de leur navrance. Donne moi une île déserte, que je respire, ici, j'étouffe.

L'automne reviendra, j'aurai disparu, restera l'empreinte de mes pas dans la poussière de la chambre, la fin des illusions, c'est mieux comme ça pourvu que j'y survive. J'abandonne ici ma peau de serpent, je leur laisse, les crocs qui mordent et les mots qui saccagent, pourvu que le mal exulte. Je voudrais tuer, je ne peux plus, trop d'heures passées l'oeil vissé aux lunettes de visée, trop de silhouettes transformées en corps morts, jusqu'à l'enfant.

- la cible ?

- l'enfant

- c'est l'enfant la cible ?

- contact

- la cible c'est l'enfant ?

- contact, putain, contact.

Je n'ai plus de larmes, j'ai vidangé mes yeux sur un toit quelque part, un toit-terrasse dans un pays chaud, j'ai vu l'enfant tournoyer sous l'impact, une valse lente et blanche, comme une rose effeuillée de lassitude, n'est resté que le coeur, un rubis sombre et immense, les gouttes de pierre précieuse ont giclé sur les murs, ce jour-là le soleil m'a dit adieu, il est mort en silence et je suis morte avec lui.


Semeurs de vent

Posté par pocahontas59, samedi 03 juillet 2010 à 14h06

à N., qui ne fait pas ce qu'il dit et ne dit pas ce qu'il fait...

Je suis née là-haut comme on est de nulle part, par hasard. Déserteur par mon père, Seneca par ma mère, moitié viet et moitié indienne, j'ai la peau rouillée et les paupières obliques, princesse déglinguée, je tire des bords comme je peux et hasta la vista, les cheveux éméchés par l'alcool du vent j'irai partout, là-bas c'est chez moi.

Papa, maman, vous ne m'avez pas connue, j'ai dérangé vos rêves, j'ai préféré les miens. Quand la nuit tombe je dors déjà pour oublier le cri stridulent du vide, je rêve de tranches de lune saupoudrées de sucre glace.

J'ai 5 ans, je glisse sur le verglas de la mémoire, l'homme dans la cour, il était grand et j'étais si petite, depuis, quand un homme me regarde, je vois le mur derrière moi dans ses yeux, je n'imprime plus la rétine, Amber Alert, j'ai toujours les cheveux longs, et bruns, je me tiens un peu penchée sur la photo pour me tenir dans mes bras.

J'ai 20 ans, je dors avec lui toutes les nuits de ses 16 ans en ce mois de juillet dans la montagne, il est beau et gentil, je me donne, j'aide un garçon à devenir un homme. Quand je pense à lui, je pleure sans savoir pourquoi, pour la beauté du geste ou la paroi verticale de l'absence, je n'aime pas souffrir, je cherchais l'enfant qui manque, le fils absent.

Je fais peur, à ceux qui disent : amour, en pensant : à mort !, personne ne m'aime comme je n'aime pas les cannellonis, j'ai peur des lâches et du pardon qui ne vient pas, je comprend mal quand on me parle, il faut m'expliquer, avec des mots précis et des mots réguliers, l'avant l'après et le pendant du temps, il faut expliquer longtemps et répéter, tout est dans la répétition, j'écoute, jusqu'à ce que je sois sûre, mais je ne suis jamais sûre, je ne crois pas les mots qui mentent, je crois la symphonie du vent, l'odeur de la pluie et le rire givré du soleil, est-ce-que vous m'entendez ? Je suis sourde, je ne crois que les mains qui caressent.

J'ai aimé, les yeux verts fabuleux d'un garçon, mon frère, ma similitude, mon reflet enfin dans le seul miroir de son regard, j'ai aimé, une fois, dans la rencontre et dans l'altérité, qui smashent le sang qui cavalcade et la fureur de jouir, nous étions gais et dangereux, enjambant l'obstacle sans ralentir le pas, il s'agissait de vivre, nous nous sommes tant aimés que certains s'en émurent, mon amour, ma vaccination, l'immunité au bout des doigts au bout du corps au bout de l'âme au bout du coeur consumé par ton prénom, T., et je porte le deuil comme une veuve sicilienne, à perpétuité sur les rochers blanchis de la solitude, mes drapeaux noirs claquent au vent à l'équerre de mes os.

Nous nous sommes tant aimés que plus rien n'exista, ni personne. Je les regarde, leurs petites passions et leurs petits renoncements, je les regarde, je vois des ectoplasmes déambuler en couinant, ils ont peur, sais-tu, tant à perdre et tant à gagner, trop de risques, ils ne savent pas mais ils se doutent, l'espace dénudé entre eux, et eux, le no-man's land sous les balles des snipers du conformisme.

Nous étions les soldats fébriles d'une guerre qui ne dit pas son nom, tu l'as perdue, entre les cuisses des femmes, entre les cuisses des filles, je l'ai perdue, dans le courage et dans les larmes, je suis ce poison qui te coule dans les veines, l'amante religieuse et toi l'idole, dégoupillée comme une grenade, projetant ses éclats comme la tourelle d'un phare. Un jour, plus tard, nous ferons, toi et moi, le décompte des victimes, l'addition des dommages collatéraux, la soustraction des jours enfuis, la multiplications des tempêtes et des orages.


Anikulapo

Posté par pocahontas59, mardi 11 mai 2010 à 13h43

Un jour la vie nous traversa en arc électrique et depuis nous brûlons de la même soif inextinguible de s'approcher près, tout près, si près du coeur. Par le passé, sans aucun doute, nous avons partagé des vertiges communs sans savoir que quelque part j'étais là et tu étais déjà las. Un jour, je le sais, nous traversèrent l'expérience primale, le péché originel, dont nous sommes les stigmates, l'abandon qui morcelle, décompose l'avenir en plans-séquence, saccagés de travellings bricolés sur les rails fugitifs de la réalité, éclairés à la mandarine, dont les vapeurs d'essence parfument l'exil de soi comme se cache le désordre derrière une tenture de velours. Un jour, bientôt, nous n'irons pas au bois, mais au lit. Ce n'est pas la même musique, mais ç'en est une, si j'ignore ton solfège nous improviserons, de ce que je ne suis pas, de ce que tu ne seras jamais, nous nous débrouillerons, on parlera comme on parle dans un lit, à l'abri de la pluie et du vent, nous nous mettrons nus, ou peut-être pas, j'apporterai mon pyjama comme toujours quand j'ai peur. Je ferai des tresses dans tes cheveux blancs avec des élastiques de couleur, pour occuper mes doigts à la lumière de la lampe, ça fera la tendresse et oublier le reste, après on fera l'amour, ou peut-être pas. Je dormirai dans tes bras dodus. Si tu insomnies, la nuit, je te ferai la conversation, tu verras ce n'est pas triste. J'ai toute sorte de sujets à disposition, un éventail infini tout en couleurs et distractions. Je te raconterai ma vierge à l'enfant en noeud de cyprès, le premier qui rit je l'égorge. Je te raconterai mon bonheur de vivre, les fleurs que je fais pousser, les peintres russes contemporains dans cette galerie de Londres, les ponts suspendus, Mallet-Stevens, John Harvey, Arthur H quand il tient Marie au creux de sa voix, tout ce que je trouve beau, tout ce beau que je trouve parce-que je le cherche, je t'ai trouvé, et tu écouteras parce-que tu voudras bien. Après nous aviserons, tu pourras me montrer tous tes chemins et secouer tes tresses en même temps si tu veux, ça ferait un arc-en-ciel dans la chambre, on multipliera la liberté comme des petits pains, on jouera à des jeux, des devinettes ou des charades, ou d'autres jeux, tout en douceur tout en chaleur, de ceux qui font perdre la boule et s'ancrer les regards et troubler la limpidité du vol des anges, on s'amusera, on inventera le jour animé comme le dessin qui s'anime, 24 images/seconde, Bip Bip dans le désert, le jour stroboscopique, la grande boum permanente, avec des pauses lentes où le temps s'étire comme un chat, on s'aidera à vivre, on cèdera à vivre, il n'est jamais trop tard pour ça. Un jour, bientôt, nous essuierons les plâtres de nos différences.


Compression

Posté par pocahontas59, vendredi 07 mai 2010 à 14h00


Ce matin je me suis levée vers 4 heures il faisait nuit l'escalier m'a descendue la radio passait du rock j'ai bu du lait comme un bébé. Tiède et sucré. Plus de tabac, j'ai inhalé les produits chimiques de 2 JPS Silver, quand je me suis recouchée la nuit grisaillait d'aube froide comme de la cendre.

Petite peste charrie si bien l'amour qui châtie, l'exigence bien-bien. Est-ce-que tu m'obéis toujours quand j'interdis ?

Est-ce-que tu m'aides quand j'ai son nom tatoué à l'intérieur du corps comme un naufrage lui qui me fait jouir rien qu'à la voix quand il me parle de quelque chose qui pue

au téléphone
et je ne peux plus écrire est-ce-que tu m'aides à écrire quand j'ai son nom tatoué à l'intérieur de l'âme à l'ancre indélébile d'un quai d'Afrique du Nord quand je rampe sur mon oreiller comme une merde quand j'ai sa voix tatouée au fond du cul comme un ténia tout ça est si propre oh oui

un jour je

est-ce-que tu m'aides quand je ne peux plus, je ne regrette pas ma peur ni ton obéissance aux muscles fragiles quand tu cours quand tu crois être fort tu obéis à ce qui t'arrange, ranger petit soldat de plomb au garde à vous des mots qui fouillent ça m'empêche.

Ecrase moi. En steack haché rouge vif par terre écrase les tortillons dans le jus de viande ça vaut mieux que pendre le risque au cordon de l'abat-jour. Imagine. La nuit me réveille et tu veilles. Je me rhabille quand tes mains ont glissé trop bas. La nuit je ne sors pas je dors. La nuit la nuit je me lève au son de sa voix qui claque ou qui murmure comme un fouet en cuir sur mes jambes zébrées par le lacet au bout, caresse. La nuit la nuit je te raconte. Lui et lui.

Est-ce-que je t'aide quand je deviens mutique et le moral en berne et la morale hissée haut j'emmerde et le manque dans mes veines. Je ne veux pas de lui, je n'en ai pas envie, j'ai trouvé plus fort que moi, le crack en perf dans le cerveau, il a un nom et un prénom, est-ce-que ça t'aide de savoir ça, l'écrasement de l'héroïne par le crack ?




Barâtta

Posté par pocahontas59, mercredi 17 mars 2010 à 14h56

Je t'envisage. Au-delà de l'apparence, le préservatif du mensonge enfilé sur la vérité, érodant les arêtes vives pour ne montrer que les courbes arrondies de la précaution. Abandonne, les certitudes poisseuses. Le vrai mensonge, ce ne sont pas ces marionnettes façonnées par nos rêves, nos peurs et nos illusions, ces effigies frappées au coin de nos faiblesses. Le vrai mensonge, c'est l'omission. Aussi je mens.

J'ai ce jardin secret dont l'entrée est gratuite mais sur invitation. J'invite peu, vraiment très peu. Peur de trouver un jour dans une grille de mots, croisés, fléchés, la solution à ma définition. En un mot, consonnes, voyelles. Au purgatoire de ce temps qui trépasse, je cultive ton ignorance. J'ai dans mon jardin ces orchidées sauvages semées par une météorite, des coquelicots irréductibles, des arbres à papillons violets pointillés d'or. Des libellules fantasques et des moustiques apprivoisés. J'aimerais visiter le tien, admirer les fleurs, rencontrer les insectes et savoir l'hôte de ces lieux.

Quand la vie empoigne l'entrejambe du destin pour lui tordre l'espoir, il est temps de s'armer pour déserrer l'étau. Chassés par le souffle du passé portant le deuil des années mortes, il est temps de devenir grands, à toucher le ciel, en équilibre sur nos pointes de danseuses.

Je voudrais danser, la valse à ce temps qui s'enfuit, sans toi, le dernier tango n'importe où, j'apporterai le beurre, et tu feras la crémière.


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