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Barâtta

Posté par pocahontas59, mercredi 17 mars 2010 à 14h56

Je t'envisage. Au-delà de l'apparence, le préservatif du mensonge enfilé sur la vérité, érodant les arêtes vives pour ne montrer que les courbes arrondies de la précaution. Abandonne, les certitudes poisseuses. Le vrai mensonge, ce ne sont pas ces marionnettes façonnées par nos rêves, nos peurs et nos illusions, ces effigies frappées au coin de nos faiblesses. Le vrai mensonge, c'est l'omission. Aussi je mens.

J'ai ce jardin secret dont l'entrée est gratuite mais sur invitation. J'invite peu, vraiment très peu. Peur de trouver un jour dans une grille de mots, croisés, fléchés, la solution à ma définition. En un mot, consonnes, voyelles. Au purgatoire de ce temps qui trépasse, je cultive ton ignorance. J'ai dans mon jardin ces orchidées sauvages semées par une météorite, des coquelicots irréductibles, des arbres à papillons violets pointillés d'or. Des libellules fantasques et des moustiques apprivoisés. J'aimerais visiter le tien, admirer les fleurs, rencontrer les insectes et savoir l'hôte de ces lieux.

Quand la vie empoigne l'entrejambe du destin pour lui tordre l'espoir, il est temps de s'armer pour déserrer l'étau. Chassés par le souffle du passé portant le deuil des années mortes, il est temps de devenir grands, à toucher le ciel, en équilibre sur nos pointes de danseuses.

Je voudrais danser, la valse à ce temps qui s'enfuit, sans toi, le dernier tango n'importe où, j'apporterai le beurre et tu feras la crémière.


Froliche, la star de la niche

Posté par pocahontas59, samedi 06 mars 2010 à 16h16

La troquette fraülich réjouit le palais de la chienne puis lui frôle les amygdales avant de réjouir son estomac de saveurs propices à son épanouissement gustatif.

La kroquette frolich, c'est de la poésie culinaire, de l'art de vivre animalier, du bouddhisme chiennesque, la philosophie du bonheur terrestre étendu comme de bien entendu à tous les chenils de la espéa.

Pour le bien-être de vos chiennes, la troquette frauliche version night and day, pour les petits creux de milieu de nuit. Faible en calories, la krokette nignt ant day permet à votre chienne de se sustenter même quand elle a ses ragnagnas tout en préservant la sveltesse de sa ligne.

Bon week-end à tous les amis des animales.

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Un monde qui tolère que des êtres humains en soient réduits à mendier leur nourriture pendant que des animaux de compagnie vivent dans le luxe est monstrueux.




Poison violent

Posté par pocahontas59, jeudi 04 mars 2010 à 14h47

Avec les nuages c'était une valse. Lente. Il avait marqué une pause, le ciel, après un matin occupé à pleurer, des larmes d'eau douce en rideaux de perles, des miroirs profonds aux creux des fossés, des fonds de robe irisés déployés sur le goudron des routes, prêts pour danser avec le vent.

L'après-midi s'étirait comme un chat, les griffes tendues vers le soir, la fourrure tiède sous les doigts du soleil délicat, hasardeux, parfois perdant, parfois gagnant à ce jeu de cache-cache imposé par le troupeau désordonné des moutons, laiteux, déguisés d'un peu de suie à leur ventre plein, outres géantes prêtes à pleurer sur de nouveaux paysages, un peu plus loin, sur la ville peut-être, dressée sur ses ergots de béton, enluminée de néons multicolores creusant comme des tombes des gouffres d'obscurité, la ville décidée à se déhancher comme une pute au rythme des tiroirs-caisse, dégueulant ses solitudes en grappes de désespoir, toujours trop tôt, toujours si tard, jusqu'à se vider les tripes autour des réverbères, sous les fenêtres aveugles des endormis allongés dans leurs petites casemates.

La pluie sur les trottoirs attendrit les crottes de chien en galettes de maïs, entraîne dans les caniveaux la ronde des évadés, mouchoirs en papier, mégots de cigarette, emballages de bonbons à la menthe, sucés, croqués, avalés, chiés. La pluie sur les trottoirs, c'est l'eau qui cogne le bitume comme on enfonce des clous et ça gicle fort car ça ne rentre pas.

La pluie éjacule dans les bouches d'égoûts la crasse accumulée dans l'intervalle des pleurs. La ville est une femme dévêtue, une femelle qui cède, cuisses ouvertes, au chagrin mouillé du ciel.


L'adieu aux larmes

Posté par pocahontas59, mardi 23 février 2010 à 14h25

Au loin un loup hurlait une patte cassée dans un piège le feu gagnait du terrain les flammes dessinaient une auréole autour de la bête qui brûla et les vautours planaient et les vautours planaient. Là-haut les premiers flocons tourbillonnaient au-dessus des mélèzes en colonnes de soldats. Fixés dans un garde-à-vous respectueux de l'altitude. Du vent qui tord les fourches au hasard des chemins quand le souffle de l'orage blaste les auvents. Mais les yeux verts cloués d'or sous les lumières noires. Mon amour, mon frère. Mon frère mon amour, trop de larmes. Le fil qui nous unit, invisible. Nos renoncements.

Dans le feulement des réacteurs, l'avion défiait la piste. Saïgon imprimée sur la rétine, pour la dernière fois. Adieu à jamais, aller simple vers l'ouest, loin des enfants viêt-cong dans les tourelles des chars. Mais la peau métisse et les yeux noirs. L'Asie dans les gênes et cet amour immense, trop grand pour moi. Le bitume kilométré, chronométré sous ses pieds. Son corps d'athlète, l'ambre salé de son ventre. Ce nom qui me déguise, nos renoncements.

Pendant que la nuit se hâtait de tomber, le jour s'effilochait aux arêtes minérales, les crabes fuyaient l'écho des tambours. Les idoles foulaient l'herbe rase au son des bras levés. C'était la guerre, ce fut la guerre. Mais l'Afrique dans les veines, et la course. Son odeur dans mes yeux fermés, sa voix dans ma gorge serrée, les monologues saccagés de rires qui se répondent, nos renoncements.

Le soleil s'engouffra brutalement dans la mer au son des cornemuses l'onde de choc frappait les parois l'air vibrait, soudain un cri perfora la nuit. Et la cendre tomba sur les pierres en silence, ton sur ton imperceptible. Mais l'idole aux pieds nus mais l'idole aux yeux bleus, l'homme aux chats. Belfast sous les bombes, et le surf. Le plaisir et les larmes, nos renoncements.

J'ai entendu le bruit d'un moteur dans l'odeur du mimosa d'hiver. L'air du matin s'est figé dans le silence brutal, l'odeur des orangers s'est effondrée dans ma mémoire. J'ai regardé L., l'élastique déshabillant sa nuque, le désordre de ses cheveux blonds, le saut de l'ange dans ses yeux pendant une fraction de seconde avant qu'ils, quels qu'ils soient, envahissent la scène, saccagent le décor, emportent avec eux les dialogues et l'émotion, enveloppés dans un rideau rouge.

Des hommes trop beaux, des amours trop beaux. Au générique de ma vie, je suis seul à savoir. Beaucoup d'amours beaucoup de chance, trop de guerres. Ca existe et ça disparaît, pourtant, il suffit de savoir s'y prendre, je sais m'y prendre, effacer l'amour à grands coups d'essuie-glace, la beauté, moi, ça m'insulte.


Faites-le savoir

Posté par pocahontas59, mercredi 17 février 2010 à 15h38

Faites-le savoir

Faites-le savoir : à part les mensonges, peu de chose vit.

Mensonges-d'amour et mensonges-de-Dieu et mensonges-complaisances.

Faites-le savoir aux enfants, aux vieillards sur le seuil :

Les pleurs des départs sont des mensonges,

Les propos sur les morts sont des mensonges.

Faites-le savoir aux enfants. Il n'y a pas de retour.



Automne 32. Dylan Thomas ( 1914-1953 )


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